Chapitre 11
Tu peux pas m'aider...
Je sais...
Je l'ai su à la première seconde...
J'ai rien dit...
Je pensais tu t'en serais rendu compte...
Dans mes yeux...
Mais non...
Monsieur est au-dessus des autres...
A se croire meilleur...
Invincible...
A se créer des histoires que lui-seul est entrain de vivre...
Mais même ton monde est foutu...
Il veut plus de toi ton bouquin...
Tu vois pas qu'il étouffe ?
Que j'arrive plus à respirer ?
Sous toutes ces peaux...
Ces souvenirs qui viennent du passé et qui te hantent...
Constamment c'est de manière constante...
T'es cruel...
Cruelle...
Mais arrête-toi !
Tu te crois toujours si intéressant, tu ramènes tout à toi...
Comme une impression de dispute, à tout éclater, et les murs avec...
T'as qu'à regarder par la fenêtre et passe...
Y avait rien à faire elle me plaisait...
Je pouvais pas penser à autre chose...
Je l'écoutais pas c'est vrai...
J'imaginais pas quelle soit si pourrie à l'intérieur...
Pas comme je voulais quoi...
Alors je coupais le son de sa voix comme on fait avec la touche mute de sa télécommande...
...


Chapitre 12
Je sais bien que t'es pas trop intéressé en fait...
En général...
Par moi...
Par ma vie...
En général...
Que t'es même pas drole...
Même pas intéressant...
Que t'es même pas dans le coup...
Tu l'as jamais été d'ailleurs...
Je sais c'est tard mais pas plus que d'habitude et tu t'en fous...
T'as juste peur de fermer les yeux, de te cacher de tout...
Et je te vois même pas...
Au milieu de tout ça...
Y en a qui sont morts il y a des siècles déjà et tu n'es même pas à leur hauteur...
Même pas...
Tu crois je dois toujours penser à tout ?
Au passé au présent et à l'avenir ?
Des fois tu peux être dépassé ou bien juste déséquilibré...
Quand t'arrives même pas à te regarder en face tu vas faire comment ?
A deux doigts...
C'est mince comme distance...
De te foutre en l'air...
Ou de réussir...
A être quelqu'un de bien...
A deux doigts...
De passer à côté de tout, tu choisis quoi, toi ?
Je te choisis toi...
C'est tout...
Si simple et complexe...
Tu regardes...
Et je prends tout...
Je peux pas m'absenter de ton silence ni me contenter de rien...
Tu crêves l'écran, la bouche ouverte, le regard noyé d'espoir et moi, je te saoule de mes mots...
...


Chapitre 13
Le vent souffle et n'efface rien...
Au contraire...
Il te paralyse...
Te consume et t'éparpille...
Tu peux pas être comme ça des fois, dès le réveil, sans savoir quel est ton nom...
Tu adores avoir ce temps pour toi mais t'en as que faire tellement tu te sens mal et que t'en as...
Il n'y a pas de capsules...
Ni d'automédicamentation contre le mal-être et le vent...
Qui pourrit tout et te fait sentir que tu n'es pas fier de toi...
Toute façon tu sais pas de quoi on parle quand t'es figé dans ta représentation et ton confort pseudo intellectuel et narcoleptique...
Tu crois j'écris bien, tu te trompes...
Ca fait que quelques jours qui se sont transformés en quelques années maintenant...
C'est toi...
Toi qui aurait du continuer...
T'avais un talent fou qui souffle et transperce...
Tu faisais déplacer les arbres et les gens...
Tu pouvais pas te rendre compte...
Ca se voit pas quand tout est sensation...
Alors rien n'efface rien et ne reste que la douleur...
Sourde...
Muette...
Et rauque...
Et tu comprends rien...
...

Chapitre 14
On était déjà à la deuxième semaine...
14 jours que l'année avait recommencé et qu'elle était nouvelle...
Quelque chose me disait je dois reprendre ce journal où je l'avais laissé...
Bizarre cet intérêt soudain pour tout ce qui est intime...
Que ce soit les photos ou les mots finalement les gens ça leur plaisait...
Peut-être qu'ils s'identifiant un peu à moi je sais pas...
Mais j'étais devenu célèbre parce qu'un gars en avait trouvé quelques pages et les avait publiées dans le journal du coin...
C'est marrant ça...
On parle même d'adaptation cinématographique...
Mais je sais pas encore qui incarnera mon rôle...
Et surtout c'est quoi la fin qu'ils vont trouver...
Deux semaines et mes idées étaient plus claire...
Je devais faire un effort et reprendre le fil du récit...

...

Chapitre 15
J'écris...
J'ai repris du poids...
Les mots font moins mal...
Ses coups aussi...
J'ai plus froid...
Je vais bien...
Tu vois, on peut s'habituer...
Mais c'est parce que je le mérite...
Il dit toujours ça...
Ca doit être ça...
Alors ça doit être vrai...
Je vois bien les autres enfants...
Ceux qu'ont dit normal...
Normaux...
C'est selon...
Ils ne sont pas si heureux que ça...
Leur visage est gris...
Ils font rien que pleurer...
Ou faire des conneries...
A se planter devant la télé...
Ou fumer des pétards...
A se planter dessus...
Ou le faire rouler...
Moi...
J'écris...
Et je peux faire tout ce que je veux...
Quand j'écris...
Je suis libre...
Et quoi ?
Je veux dire...
Je peux dire que tout va bien...
Que je ne manquerais jamais de rien...
Tandis que toi t'es encore au bar...
A la ramasse...
A la rengaine...
Ou la petite semaine c'est ce qu'on dit je crois...
Tiens aujourd'hui j'ai creusé un peu sur le mur...
Il y avait une fente...
Toute petite...
J'ai gratté...
Avec mes ongles...
Comme j'ai pu...
Imagine la tapisserie et le platre et le sang sous tes doigts et t'auras compris...
Je vois un peu plus la lumière sur mon cahier...
Et soudain elle aparait...
J'entends son souffle à travers cette fente...
Elle était de l'autre-côté de ce mur...
Je me rappelle de son rire...
Elle m'appelait Gamin...
Tout le temps...
Ca va Gamin ?
Et moi j'avais les joues rouges...
Elle était magnifique...
Je crois c'était ma première vraie amie...
Je sais pas si ça existe vraiment l'amitié et si j'en avais besoin, vraiment...
Mais j'avais besoin d'elle...
Je me rappelle plus de son prénom...
J'ai oublié...
Tu vas dire c'est pas vrai ou que j'invente ou que c'est pas possible...
Qu'on peut pas oublier ça...
Mais tout est flou...
Quel age a-t-elle ?
De quelle couleur sont ses cheveux ?
Sa peau était douce ?
Et ses yeux ?
Te rappelles-tu des sonorités de sa voix ?
Les as-tu gardées avec toi ?
Je me rappelle plus je te dis...
Elle était là entre deux interstices de moi...
Ma chambre...
Le mur...
Et mon père qui me battait...
Et me faisait des cadeaux pour se faire pardonner...
Vous êtes là ?
J'ai jamais été aussi proche de vous...
Gamin, tu m'entends ?
Le réveil fut brutal...
Je transpirais et ma tête était encore lourde...
...

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