Chapitre 16
C'est marrant...
J'arrivais presque à atrapper quelques mèches de ses cheveux qu'elle laissait passer entre nous...
Blondes...
Je veux dire entre sa chambre et la mienne...
Une odeur de parfum...
A travers le mur...
Propre...
Comme un lien qui pouvait nous relier...
De la pomme peut-être...
Combien de temps ça a durer, je ne saurais le dire...
Y en a qui aime bien...
Que faisait-elle tout ce temps de l'autre-côté...
Lire en diagonale...
Et toi ?
Enfermée ?
Entre les lignes...
Pourquoi tu t'es mis à lire mon journal ?
Comme deux discours parallèles...
Existait-elle vraiment ou était-ce encore un trouble...
Ca peut pas se croiser, si ?
Un vertige de mon existence...
Un mirage mais pas dû à la chaleur...
Peut-être une création à cause de mon manque d'humanité...
A force d'être enfermé tu peux créer ce mécanisme de défense...
Pour pas sombrer...
Ou sombrer encore plus c'est selon qui tu es...
Et ce que tu veux...
J'aime pas ce que tu fais, Gamin !
C'est même pas un prénom en fait...
Une chose est sûre c'est que le réveil est de pire en pire...
Quelque chose clochait dans cette histoire...
Avais-je encore tout inventé ?
J'avais juste envie de me taper la tête contre les murs...
J'arrive plus à me concentrer...
Ca ne t'arrives jamais d'entendre un bout de conversation dans le bus...
Quand t'es tout seul et que tu attends et qu'il n'y a rien par la fenêtre...
Tu attends même quand tu te déplaces, tu attends...
Alors t'écoutes...
Une voix parmi les autres...
La prendre en cours de route comme ça...
Sans savoir qui parle et surtout de quoi...
Tes yeux sont parfois fermés...
Tu t'en fous mais tu écoutes pendant tout ton trajet...
Impression qu'on t'étrangle un peu parce que tu sauras rien...
Et ça t'énerve...
C'est pas de la curiosité...
Juste un manque de souffle...
L'inspiration c'est ça...
Ou plutôt comme une possession...
T'arrives au boulot avec ce sentiment que tu dois raconter tout ce qui vient de se passer...
Même si c'est rien...
Mais comme t'es écrivain...
Ou plutôt t'aimes bien jouer, tu peux inventer la suite...
Elle essaye de passer sa main...
A travers le mur...
Mais le garçon ne veut pas...
Car c'est une prison tout confort...
C'est de la compagnie que je veux, mon canari est mort, regarde...
De l'oiseau il ne restait que les plumes...
Et toi, c'est quoi ton nom ?
Pas de réponse...
Je t'ai dit cette histoire n'est pas pour toi...
Souffle...
Ni à toi...
Je t'ai dit tu penses tout ton temps à inventer...
Mentir...
Souffle...
La feuille sur la table se soulève doucement...
J'te crois pas...
C'est que de l'écriture...
Ca a toujours était que ça...
Gamin...
T'as pas changé...
Sa main est rose, ses doigts sont pale...
Ses ongles blancs...
Je sens presque qu'elle va m'atteindre...
Fracasser ce mur qui nous sépare...
Bref regard dans la glace au-dessus...
Je fais peur, dans le noir...
Une caresse, juste une caresse, je ne te plais donc pas ?
Cette main qui passe d'un mur à l'autre ce n'est pas possible, si ?
J'entends comme un rire...
J'aime bien perdre les gens dans mon récit...
Doux rire...
Comme les petites filles jolies et sauvages...
Je l'imagine entourée de baldaquins et de tapisserie à fleurs...
On peut imaginer sa mort comme on veut, tu sais ?
Et je me trompe pas...
Monsieur ?
Pardon...
Je dois descendre...
Hein ?
C'est mon arrêt, là...
Elle se déplace...
Avec la même odeur...
Enivrante...
Je dois écouter de la musique et marcher un peu...
L'air frais me fera du bien et j'ai dépassé mon arrêt...
Moi-aussi...
Tu disais ?
...


Chapitre 17
Toute la soirée il s'était mis à délirer...
Mais pas le simple truc du style ou tu dérailles, vomis, oublies...
Le truc t'as l'impression que tes ongles et cheveux sont arrachés, un par un...
T'imagines ?
Non tu peux pas...
Tes veines se déroulent le long de ton bras...
Il avait l'impression d'étouffer...
De transpirer et de s'enfoncer lentement dans le matelas...
Mais pas de cauchemar...
Juste un décalage entre sa vie et celle-là...
Bref...
Tous ses sens fonctionnaient un peu à contre-temps...
Comme quand tu marches et t'es éblouis par un trop plein de lumière et que tu manques te faire écraser...
Un truc du genre quoi...
Mais vous vous relisez jamais ?
C'est-à-dire ?
Votre article je peux pas le publier...
Pas foutu d'arriver à l'heure en plus...
C'est vrai qu'il vaut mieux être ponctuel au journal...
Faudrait vous reposer, mon vieux, je sais pas aller prendre l'air...
Ou un truc du genre quoi...
Des fois cette impression vraiment prévisible où c'est toi qui écrit les réponses des gens qui te parlent...
C'est un peu fou c'est vrai, mais ça arrive...
A moi je veux dire...
L'impression aussi que ce gamin passe son temps à écrire et moi à le lire...
Similitude vous direz, ça arrive aussi parfois que tout peut arriver comme ça...
Un rapprochement...
Ou un mélange, un truc du genre, quoi...
On comprend rien mais c'est pas grave car à ce moment précis de l'histoire, il n'a jamais été aussi proche de tout...
Plus il se rapprochait du gamin en lisant ses textes, plus il devenait le gamin lui-même...
Il vivait à travers lui, je sais pas si ça se dit là maintenant tout de suite, mais c'est ce qui était entrain de se passer...
Mais pas comme un hommage ou une possession...
Plutôt comme une maladie...
Et c'est pas drôle en fait...
...


Chapitre 18
Tous les soirs je devais me forcer à écrire un chapitre...
Ca devenait une évidence...
Comme un travail que tu aimes faire...
Ca peut pas venir tout seul comme ça...
Il faut pratiquer...
Comme tu fais du vélo, la cuisine ou l'amour...
Ca ne s'invente pas...
Oui on peut faire des erreurs, c'est vrai mais on peut réussir beaucoup de choses aussi...
Chaque soir, après manger, j'allumais la lampe de mon bureau à côté de moi...
Et une clop' aussi, mais juste pour l'inspiration...
Celle qui n'a pas d'abat-jour...
Je parle de la lampe...
Blanche...
Lumineuse et à économie d'énergie...
Pale comme moi...
Pas incadescente, quoi...
Elle valait vraiment rien, comme moi...
Oui c'est l'estime que j'avais de moi à ce moment précis, éternel insatisfait il le fallait bien...
Mais je suis pas triste...
Bien au contraire...
Je cherchais juste cet état...
J'imagine le drogué juste avant son fix', ou le gros face à la vitrine de la boulangerie...
Je sais c'est facile mais c'était un peu ça que je voulais...
Et malheureusement toujours plus...
De ça...
Rien à voir avec Stephen King ou Freud, comprenne qui pourra...
Et je suis resté un bon moment comme ça...
L'ordinateur sur les genoux...
Une page de traitement de texte, blanche...
Mes doigts sur le clavier AZERTY...
Et cette lueur à côté de moi...
Je n'ai pas pu écrire un mot pendant une heure...
J'avais encore la nausée signe annonciateur de la migraine...
Quelque chose devait se passer...
A tout prix...
Oui...
Une heure de plus est arrivée assez vite...
Mais je n'avais ni sommeil ni soif, juste comme si ces 2 heures étaient passées en 2 secondes aussi vite que ça...
Pas un bruit dehors, juste une mouette qui demande quelque chose...
Qui a perdu même son instinct d'oiseau des mers...
Et je me suis remis à penser à ce gamin...
C'était quoi ton instinct à toi ?
Ca me rend malade...
Enfin un truc comme ça...
J'ai l'impression de plus savoir quoi faire...
Il me hante, chaque seconde, pire qu'un coup de foudre...
Mais c'est toi le gamin, tu l'as déjà dit, arrête d'insister...
Mais toi t'es qui alors ?
Beaucoup de voix s'entremêlaient en même temps...
C'était un peu ça le but...
Quand tu commences à ne plus s'avoir où est le vrai...
T'as trouvé une nouvelle maison d'édition ?
Non...
Pas encore...
J'ai pas eu le temps...
Tu crois c'est elle qui va venir te chercher ?
Peut-être...
Je t'ai dit je suis malade...
Je peux pas me soigner...
Ca se voit !
Tu t'es lavé quand pour la dernière fois...
Tu crois je dois couper ma barbe ?
J'ai pas mangé depuis une semaine mais on peut pas tenir plus de 3 jours sans boire...
T'as déjà essayé ?
Arrête tu veux...
Tu peux pas venir comme ça quand t'as envie...
C'est un bordel immense chez-toi...
C'est toute ma vie...
Ta gueule !
T'es pas le roi du monde...
Ca pue ici, tout est entrain de pourrir de l'intérieur...
Tu peux pas rester comme ça...
Comme ça...
Tu peux pas rester sans rien faire...
Je sais pas...
Je suis malade je t'ai dit...
A qui tu parles ?
y a plus personne ici, regarde, que des cartons en vrac et des boites vides...
Et toi...
Toi au milieu comme un carton ou une boite vide...
T'es qu'un putain d'objet...
Que personne veut plus...
C'est ça que tu voulais dire ?
Entendre ?
Voir ?
T'as du temps mais le temps te tue un peu plus chaque seconde, micro particule de souffle de toi et t'es déjà mort...
...


Chapitre 19
Il dort ?
Vous pensez qu'il dort ?
Je sais pas...
On l'a retrouvé comme ça...
Ça fait quelques minutes que je cherche un battement...
Un souffle...
Pourquoi toutes ces questions dans sa tête, je sais bien ce que vous allez dire encore...
Que j'invente tout, que rien n'est vrai mais c'est pas vrai...
Vous avez la liste de tous les protagonistes ?
J'espère en oublier aucun...
Ouais...
D'abord au commencement il y avait un gamin de 6 ans, qui passe son temps à écrire et qui semble être enfermé dans sa chambre et battu par son père...
De lui on ne sait rien, mais il lui offre des cadeaux...
On sait pas si le gamin veut s'en sortir dans l'histoire mais il se crée des amis imaginaires qui viennent le voir parfois...
Une fille un peu psychologue qui l'aide à parler, et une jeune fille de l'autre côté de son mur...
C'est un écrivain il peut tout faire et même croire qu'il est heureux...
Y a qui d'autres aussi ?
Un journaliste qui a trouvé un cahier et qui essaye de comprendre ce qui se passe, son patron qui veut se faire un max de fric, et une fille dont il est amoureux et qu'il doit chercher à l'aéroport...
Y a Morgan aussi mais on sait pas trop ce qu'il fait là, il où elle est dans un bar de nuit...
Et pour finir il y a nous aussi mais on sait pas encore qui on est...
On avance comme on peut...
Tu crois que tout ça existe ?
Je sais pas encore, il s'est pas encore réveillé...
Tu crois qu'il dort encore ?
Je sais pas, je cherche encore son pouls...
On verra bien demain alors...
Ouais...
Comme tu dis...
...


Chapitre 20
Gamin...
Shhh...
Tu es là ?
Oui, toujours, il ne pourrait en être autrement...
Approche-toi et regarde...
Hein ?
Regarde, je te dis...
Tu voulais pas tout savoir, tout comprendre ?
N'aie pas peur...
Je suis ton amie, tu sais...
Un espace...
Juste un espace entre elle et moi...
Quelques centimètres et je pourrai l'atteindre encore...
Un si doux rire...
Comment peut-on être si proche de quelqu'un qu'on ne connait pas, je veux dire qu'on n'a jamais vu...
Je peux presque percevoir qu'elle m'aime...
Rayon de lumière à travers moi...
Au travers de moi si tu peux rectifier, merci...
J'arrive, attends-moi...
Et le couteau souleva sa peau...
La lame éraflant tout sur son passage comme des hématomes éraflures...
Ca doit faire mal c'était le but...
Oui...
Et le début vers la fin...
Raccourcir les idées...
Effacer l'inachevé et décoller chacun des centimètres de son corps...
Griffer ses veines à l'acier et tout voir s'écouler comme ça...
Ca fait toujours ça la brutalité quand tu veux inventer des cauchemars...
Si je ne rêvais plus depuis longtemps autant aller voir de l'autre côté...
Mais je suis pas expert en la matière...
Quel jour nous sommes ?
Comme une impression de déjà-vu...
Un post-it accroché au frigo me rappelle que je dois filer à l'aéroport...
Des effluves de parfums dans la salle de bain...
Je sais pas...
Je vois pleins de pages du carnet qui ont été arraché comme autant d'instants instincts qui m'ont été volés...
Papa ?
Qu'as-tu fais de beau aujourd'hui...
Je fais plus rien fiston, je suis mort tu sais alors je fais plus rien...
Je me sens pas bien Papa...
Depuis quand je t'ai tué ?
Depuis que rien ne va...
Mais c'est pas comme je voudrais, je veux dire P'pa...
C'est ce que tu voulais, ce que tu as toujours voulu, voyons, pars ! Court ! Elle t'attend et tu vas être encore en retard...
Elle ne t'attendra pas cette fois...
Ca va pas ? Mossieur !
Hein, quoi ?
Pourquoi vous me fixez comme ça ?
Rien...
Heu vous m'avez fait penser à quelqu'un l'espace d'un instant...
Pfff...
Je dois descendre, pardon...
Excusez-moi, je...
C'est mon arrêt...
Tu es sûr qu'on n'a rien trouvé d'autres ?
Hein ?
Oui, des carnets, des traces ou sa piste je veux dire...
De quoi tu parles ?
C'est bien toi qui m'a dit c'était sensas...
Je veux dormir...
...

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